Un peu d'histoire
L'histoire des licences de MaxScale est un microcosme des tensions entre open-source et business dans l'industrie du logiciel.
2013-2016 : L'ère GPLv2. MaxScale naît sous licence GPLv2. C'est un proxy SQL open-source, libre d'utilisation, de modification et de redistribution. La communauté l'adopte, des entreprises l'intègrent dans leurs architectures MariaDB / MySQL.
2016 : Le passage à BSL. MariaDB Corporation décide de passer MaxScale 2.0 sous Business Source License (BSL). La BSL est une licence innovante créée par MariaDB : le code source est visible, utilisable pour le développement et les tests, mais l'usage en production nécessite une licence commerciale. Après un délai de 3 à 4 ans, le code passe automatiquement sous GPLv2. C'est un compromis intéressant : transparence du code + modèle économique viable.
2025 : Le passage au commercial pur. MaxScale 25.01 est publié sous licence commerciale fermée. Le code source n'est plus accessible. L'ère de la transparence est terminée.
En parallèle, MaxScale 21.06 est "libéré" sous GPLv2 (conformément au mécanisme BSL de conversion automatique). C'est la dernière version utilisable librement, mais elle ne recevra plus de mises à jour.
Ce qui change concrètement
Pour les utilisateurs actuels de MaxScale, voici l'impact :
Versions BSL (2.x à 24.x)
Les versions BSL existantes continuent de fonctionner. La conversion automatique en GPLv2 se poursuivra selon le calendrier prévu — certaines versions seront libérées jusqu'en 2032. Vous pouvez continuer à utiliser ces versions en production.
MaxScale 21.06 GPLv2
C'est la dernière version pleinement libre. Vous pouvez l'utiliser, la modifier, la redistribuer. Mais elle ne reçoit plus de correctifs de sécurité ni de nouvelles fonctionnalités.
MaxScale 25.01+ commercial
Toute version à partir de 25.01 nécessite une licence commerciale. Pas d'accès au code source. C'est un logiciel propriétaire classique.
Pourquoi ce changement ?
Du point de vue de MariaDB plc, le raisonnement est pragmatique :
-
MaxScale est un différenciateur commercial majeur. C'est ce qui rend l'offre Enterprise de MariaDB compétitive face à Oracle et AWS. Le donner gratuitement (même avec un délai BSL) érode la proposition de valeur commerciale.
-
La BSL n'a pas atteint ses objectifs. L'idée originale de la BSL était que les grandes entreprises payeraient pendant la période BSL, et que la communauté bénéficierait du code libéré après le délai. En pratique, beaucoup d'entreprises attendaient simplement la libération GPLv2 ou utilisaient des versions anciennes.
-
Le marché a changé. En 2016, la BSL était innovante. En 2025, les entreprises open-source sont de plus en plus nombreuses à adopter des licences restrictives (Redis, MongoDB, Elasticsearch). MariaDB suit la tendance.
ProxySQL : l'alternative libre
Pour les utilisateurs qui ne peuvent ou ne veulent pas payer une licence MaxScale, ProxySQL reste l'alternative open-source la plus solide.
ProxySQL offre une grande partie des fonctionnalités de MaxScale :
- Routage lecture/écriture avec détection automatique de la topologie
- Connection pooling et multiplexing
- Réécriture de requêtes par expressions régulières
- Cache de requêtes intégré
- Failover et health checks
- Interface d'administration via SQL (port 6032)
Ce que ProxySQL ne fait pas (que MaxScale fait) :
- Pas de support du protocole MongoDB ou CDC/AVRO
- Pas de moniteur Galera aussi sophistiqué que galeramon
- Pas d'interface web (MaxGUI)
- Pas de filtre de masquage de données natif
- Pas de support du binlog routing
Pour la majorité des cas d'usage — routage read/write sur une topologie master-slave MariaDB / MySQL — ProxySQL est une alternative parfaitement viable.
La perte de l'esprit BSL
Ce qui me dérange le plus dans ce changement, ce n'est pas le business. C'est la perte d'un modèle qui avait du sens.
La BSL était un compromis élégant. Elle reconnaissait que le développement de logiciel complexe coûte cher, tout en garantissant que le code finirait par être libre. C'était un contrat implicite avec la communauté : "payez maintenant pour les fonctionnalités les plus récentes, et la communauté bénéficiera du code dans quelques années."
En passant au commercial pur, MariaDB plc rompt ce contrat. Le code de MaxScale 25.01 ne sera jamais libre. La transparence disparaît. Et avec elle, la confiance d'une partie de la communauté.
MariaDB plc a inventé la BSL. C'était leur contribution au débat sur la monétisation de l'open-source. L'abandonner, c'est reconnaître que le compromis ne fonctionnait pas — ou que les intérêts à court terme priment sur la vision à long terme.
Ce que cela signifie pour l'écosystème
Le changement de licence de MaxScale est un signal plus large pour l'écosystème MariaDB / MySQL :
-
La fragmentation s'accélère. L'espace entre MariaDB Community (gratuit, limité) et MariaDB Enterprise (complet, payant) se creuse.
-
ProxySQL gagne en pertinence. Chaque composant que MariaDB retire de l'open-source renforce les alternatives communautaires.
-
Les architectes doivent planifier. Si vous construisez une architecture autour de MaxScale aujourd'hui, vous construisez autour d'un composant propriétaire. Planifiez votre dépendance en conséquence.
Mon conseil
Si vous utilisez MaxScale en production aujourd'hui :
- Restez sur votre version actuelle tant qu'elle est supportée et sécurisée.
- Évaluez ProxySQL comme plan B. La migration est possible, même si elle demande du travail.
- Budgétez la licence commerciale si MaxScale est critique pour votre architecture. C'est un bon logiciel, et le prix de la licence est souvent inférieur au coût d'une migration.
- Ne paniquez pas. Les versions BSL seront supportées pendant des années encore.
Le changement est réel, mais la transition est graduelle. Vous avez le temps de planifier.
Cet article a été initialement publié sur Medium.
Commentaires (0)
Aucun commentaire pour le moment.
Laisser un commentaire